Les Incas ont bâti un territoire immense constitué de zones écologiques très différentes : un désert côtier le long du littoral du Pacifique mais qui se prolonge par une mangrove dans l’Equateur actuel, des vallées de basse altitude, les yungas (600 à 2000 mètres), des hautes vallées dites quechua, s’échelonnant jusqu’à 3500 mètres, et des landes et hauts plateaux dont l’altitude dépasse souvent les 4000 mètres. Passer de la cordillère ou sierra dans les régions tropicales n’implique pas seulement du temps et de la fatigue, mais aussi des dangers pour la santé, les montagnards s’adaptant difficilement aux zones chaudes et, inversement, les habitants des plaines (llamos) supportant mal l’altitude. Cette diversité naturelle du Pérou a produit au cours des siècles, voire des millénaires, une multitude de cultures, dont la plus ancienne, Caral, dans la vallée de Supe, remonte à 3000 ans avant notre ère.
La dernière civilisation andine qui s’épanouit au Pérou avant que la conquête espagnole ne la brise fut celle des Incas, dont les armées, au cours du XVe siècle, annexèrent progressivement les chefferies de la sierra et de la côte, et repoussèrent les frontières de leur Empire de la Colombie actuelle jusqu’au centre du Chili. Les troupes des Incas pénétrèrent aussi dans le Piémont amazonien jusqu’au territoire do Acre, au Brésil, à proximité du rio Madeira, bravant ainsi un habitant hostile pour ces montagnards originaires de Cuzco.
La colonne vertébrale de cet empire fut le Qhapaq Nan, la Route royale, à laquelle mon voyage sera, en partie, consacré.
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Aujourd’hui seulement 25% de cette route est encore visible, le reste ayant été détruit par le temps et la construction d’infrastructures modernes. Entre crêtes, vallées d’altitude et déserts, la Grande route des Andes est parsemée de trésors archéologiques, dont Ingapirca en Équateur, mais aussi de sites de moyenne importance qui ont besoin d’une urgente protection. Cette route traverse 15 écosystèmes différents, dont 4 sont en danger: les Jungas péruviennes, la forêt sèche de Marañon, la forêt humide et le Mattoral chiliens. Le Qhapak Ñan passe aussi par de nombreuses régions indigènes à la culture fascinante mais en péril.
Différentes organisations, dont l’UNESCO, IUCN et Conservation International ont commencé à travailler sur cette route, mettant en exergue l’urgence de sa protection, en collaboration étroite avec les gouvernements des 6 pays par lesquels passe la Gran Ruta Inca. L’idée de fond est de mettre en place un système qui associe la conservation du patrimoine avec des projets de protection de l’environnement (par l’intermédiaire de la création de Parcs Naturels ou de Réserves) et des cultures des communautés andines, tout en développant une économie durable à travers le tourisme. L'objectif de l’UNESCO est d'assister les pays qui partagent ce patrimoine commun dans un projet pionnier : la préparation d'une candidature unique pour l'inscription du Qhapaq Ñan sur la Liste du Patrimoine Mondial. |
Les Incas ne connaissaient pas l’écriture mais seulement un système mnémotechnique fait de cordelettes et de nœuds, le quipu, où étaient consignées des quantités et des classes d’objets. Des maquettes en argile reproduisaient à une petite échelle le tracé de la Route et servaient donc de modèle référence pour les ingénieurs.
Les routes Incas étaient faites pour les hommes et pour la marche à pied, car les anciens péruviens ne connaissaient pas la route et par conséquent, n’avaient aucun type de véhicule. Les bêtes de trait n’existaient pas et, en général, le portage était fait par des hommes, éventuellement par des lamas.
Pour construire cette route, il a fallu convaincre les populations de travailler sans salaire pour le bénéfice de la collectivité, selon les principes de la réciprocité et de la redistribution.
Pour aplanir les pentes et tracer des chaussées, souvent de grande largeur, les populations ne disposaient que d’outils simples comme les cordages, les filets, les bâtons de bois et les haches de pierre, le fer leur étant inconnu.
Ces voies sont tracées sur le relief de la cordillère des Andes, qui comporte des dénivellations de plus de 3000 mètres et des torrents et des fleuves larges et tumultueux.
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